Pensée tibétaine et métaphysique analytique : Moi, identité, personne

Stéphane Arguillère (IFRAE) et Frédéric Nef (EHESS) lancent un séminaire de philosophie comparée : Pensée tibétaine et métaphysique analytique, consacré cette année au thème suivant : Moi, identité, personne.

Dates

Les séances auront lieu le jeudi de 15h à 17h, aux dates suivantes : 18/03 ; 25/03 ; 01/04 ; 08/04 ; 15/04 ; 06/05.Salle : LO.02 , 2 rue de Lille, Paris 7ème (ou: https://zoom.us/j/98237579739)

Contact : stephane.arguillere@inalco.fr.

Situation

En dépit de l’abondance de publications anciennes et récentes d’excellente qualité, le monde philosophique francophone s’est fermé après-guerre (et surtout dans les trente dernières années) presque à tout dialogue pensant avec les « philosophies d’ailleurs », notamment les plus étrangères au phylum grec (platonico-aristotélicien). Or, à la rentrée 2019, le programme de philosophie des classes de terminale a été élargi à plusieurs penseurs non-européens, dont deux entièrement étrangers à cette tradition européenne : Nāgārjuna (Inde) et Zhuangzi (Chine) – mais aussi Maïmonide et Avicenne, en plus d’Averroès qui y figurait déjà. L’Inalco et l’IFRAE s’appliquent à prendre toute leur place dans cet intérêt renouvelé pour les « philosophies d’ailleurs ». Les problèmes ne sont pas symétriques pour tous ces auteurs : si le coefficient d’étrangeté, pour nous, des penseurs du monde juif ou arabo-musulman est bien moindre (parce qu’ils sont profondément nourris d’aristotélisme et de néoplatonisme), le cas de Zhuangzi est autre, parce qu’il fait peut-être éclater le cadre de ce que nous appelons philosophie. Il n’en va pas de même de la pensée indienne et notamment de la scolastique bouddhique avec ses prolongements tibétains (mais aussi chinois, etc.), qui combinent étrangeté culturelle maximale et rationalité philosophique maximale – ce qui est optimal pour le travail envisagé ici.  La pensée indienne, notamment la scolastique bouddhique et plus spécialement tibétaine a en commun avec métaphysique occidentale, issue d’Aristote, l’usage, du commentaire, de la dispute, du recensement des postulats etc. En ce sens cette partie de la philosophie indo-tibétaine représente un champ d’étude privilégié, que nous voudrions mettre en relief dans notre séminaire.

Conflicting Memories

→ Le livre chez l’éditeur

Barnett, R., Weiner, B., & Robin, F. (Eds.). (2020). Conflicting Memories. Leiden, Nederland: Brill.

Conflicting Memories is a study of how the Tibetan encounter with the Chinese state during the Maoist era has been recalled and reimagined by Chinese and Tibetan authors and artists since the late 1970s. Written by a team of historians, anthropologists, and scholars of religion, literature and culture, it examines official histories, biographies, memoirs, and films as well as oral testimonies, fiction, and writings by Buddhist adepts. The book includes translated extracts from key interviews, speeches, literature, and filmscripts. Conflicting Memories explores what these revised versions of the past chose as their focus, which types of people produced them, and what aims they pursued in the production of new, post-Mao descriptions of Tibet under Chinese socialism. 
Contributors include: Robert Barnett, Benno Weiner, Françoise Robin, Bianca Horlemann, Alice Travers, Alex Raymond, Chung Tsering, Dáša Pejchar Mortensen, Charlene Makley, Xénia de Heering, Nicole Willock, M. Maria Turek, Geoffrey Barstow, Gedun Rabsal, Heather Stoddard, Organ Nyima. (source : Brill)

Robert Barnett directed the Modern Tibetan Studies program at Columbia University 2000–17. Currently a Professorial Research Associate at SOAS, University of London, he is the author/editor of such studies on modern Tibetan history as Lhasa: Streets with Memories (Columbia, 2010) and Forbidden Memory (Nebraska, forthcoming 2020). 
Benno Weiner received his Ph.D. from Columbia University in 2012 and is Associate Professor in the Department of History at Carnegie Mellon University. He is author of The Chinese Revolution on the Tibetan Frontier (Cornell University Press, 2020). 
Françoise Robin is a professor of Tibetan language and literature at Inalco in Paris. She has done extensive research on Tibetan contemporary literature and filmmaking and has translated many novels and short stories from Tibetan into French and English.

Le Chien, son maître et les parents proches

→ Le livre chez l’éditeur

Tagbumgyal, Le Chien, son maître et les parents proches, Semaphores, Paris, 2020, 144 p., traduit du tibétain par Véronique Gossot

Dans l’univers de Tagbumgyal, où quelques touches de fantastique viennent parfois perturber le réalisme, parler des chiens c’est parler des hommes. Portée par un sens aigu de l’observation, la narration imagée (voire cinématographique) laisse percer un humour subtil. Ni héros ni épopée ici, mais des sentiments étriqués, des situations ridicules, de petites lâchetés ou des trahisons ordinaires qui révèlent les rouages d’une société où seuls l’exercice du pouvoir et les intérêts particuliers prévalent. Cette observation malicieuse de la société témoigne d’une maîtrise de l’ambiguïté et de l’ironie sans pareilles.

Le Chien, son maître et les parents proches débute par une transgression lorsque Köntho met à la porte sa mère afin d’accueillir sa jeune épouse. Les aller-retours entre les excès de la Révolution culturelle et les minuscules mais très symboliques péripéties d’aujourd’hui constituent le fil du récit.

Journal de l’adoption d’un hapa met en scène un petit fonctionnaire à l’ambition démesurée et son pékinois doué de parole, le hapa, délaissé son précédent maître.

Dans Le vieux chien s’est soûlé, le narrateur est un enfant dont la famille vit de l’élevage de moutons. Dans une société où cupidité et impératif de développement économique n’épargnent rien ni personne, le fils unique appelé à succéder au père (ce qui rend dispensable sa présence sur les bancs de l’école) va tenter de sauver son chien d’un destin funeste. (source : Sophomores)

Valérie Gossot est doctorante à l’Inalco, sous la direction de Françoise Robin.