Enquêter à distance : nouvel eldorado ?

Dates :  Jeudi 6 octobre 2022 – 14:30 – 17:00
Lieu : En hybride Zoom / Auditorium Dumézil, Maison de la recherche, Inalco (2, rue de Lille 75007 Paris)

Conférence organisée par Amandine Peronnet et Sébastien Billioud. Avec les participations de Mathilde Bourrier et Leah Kimber, Université de Genève.

En accès libre, dans la limite des places disponibles.
Pour participer via Zoom : https://forms.gle/qBD3R2qhpKxYuYTj7

Mathilde Bourrier et Leah Kimber, « Apprivoiser la distance : un défi paradoxal, une expérience exigeante, un cadre revisité », Socio-anthropologie [En ligne], 45 | 2022, mis en ligne le 28 février 2022, consulté le 14 septembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/11019 ; DOI : https://doi.org/10.4000/socio-anthropologie.11019

L’essor considérable des moyens d’échange et de communication (réseaux sociaux, forums et de manière plus générale les TIC) ouvre de nouvelles possibilités d’ethnographie « en ligne ». Ces possibilités sont d’autant plus importantes qu’en raison du contexte sanitaire, les missions de terrain sont aujourd’hui de plus en plus difficiles à effectuer en Asie. Or, on constate actuellement que l’approche de ces nouvelles possibilités par les chercheur.se.s français.e.s est pour l’instant peu systématique et peu élaborée. L’IFRAE et le GSRL souhaitent alors amorcer une réflexion collective en invitant deux collègues de l’Université de Genève, Mathilde Bourrier et Leah Kimber, à présenter leur démarche et le numéro spécial de la revue Socio-anthropologie qu’elles on co-dirigé : « Enquêter à distance : nouvel eldorado ? » (https://journals.openedition.org/socio-anthropologie/10989).

“La situation que nous vivons, dans le contexte de la pandémie Covid-19, nous a conduites à réfléchir à ce dossier thématique. Il fournit le prétexte, mais n’en constitue pas la matière. La crise planétaire qui traverse encore pays, régions, villes, communautés, institutions et organisations de toutes natures renouvelle des questions constitutives des sciences sociales, comme celles des inégalités, des dimensions sociales, politiques et économiques des épidémies, de l’allocation des ressources, ou de la mondialisation des échanges. Le constat de la nécessité et de la portée des analyses des sciences sociales n’a pas manqué d’être fait dans l’abondante littérature publiée récemment sur le sujet (Cuevas-Parra, 2020 ; Singleton et al., 2020 ; Teti et al., 2020 ; Vindrola-Padros et al., 2020). Cependant, c’est au versant plus méthodologique de notre pratique de sciences sociales que ce dossier voudrait se consacrer. Un important effort de mise à plat et de réflexivité méthodologique se précise, que d’autres communautés de recherche, notamment anglo-saxonnes, ont commencé à conduire également (Dodds et Hess, 2021 ; Lobe et al., 2020 ; Rogers et al., 2020 ; Valdez et Gubrium, 2020 ; Howlett, 2021 ; Marzi, 2021 ; Nind et al., 2021 ; Singh et al., 2021).

Intitulé Enquêter à distance : nouvel eldorado ?, ce numéro rassemble des contributions qui interrogent, au-delà du contexte de la pandémie, les méthodologies plus canoniques de recueil de données, basées sur le temps long, l’immersion, l’observation directe, la coprésence et le décentrement recherché. En effet, la constitution d’un terrain d’enquête socio-anthropologique passe encore pour beaucoup d’entre nous par une immersion longue dans un milieu social, dans le but d’un recueil au plus près des pratiques et des manières de faire, de juger, de penser, d’accomplir activités, missions et tâches et par l’épreuve des modalités de ces usages avec et aux côtés des communautés étudiées. Cette pratique immersive (Leroux et Neveu, 2017) se base fondamentalement sur un progressif établissement de relations de confiance et de partage avec les acteurs sociaux. Dans les vingt dernières années, un souci réflexif toujours plus affuté s’est développé dans les sciences sociales pour rendre compte de ce processus d’enquête au plus près et de ses biais objectivables (Bensa et Fassin, 2008).”

Contact : peronnet.amandine@gmail.com

L’immortel « la Baleine brodée » : La poétique de Wu Wenying 吳文英 (fl. milieu du 13ème siècle)

Dates : Mercredi 21 septembre 2022 – 18:00
Lieu : Inalco, PLC, 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris, Auditorium

Conférence organisée par l’Ifrae, avec le soutien de l’Ecole doctorale et de la Dirved de l’Inalco

Professeur émérite à l’Université Harvard (Chaire James Bryant Conant), Stephen Owen est le plus éminent spécialiste contemporain de la poésie chinoise classique et a reçu à ce titre le Tang Prize en 2018.

Parmi ses travaux et traductions de référence sur la littérature et la théorie littéraire chinoises des IIIe-XIIe s. figurent The Poetry of the Early T’ang (1977), The Great Age of Chinese Poetry : The High T’ang (1981), Traditional Chinese Poetry and Poetics: Omen of the World (1985), Readings in Chinese Literary Thought (1992), The End of the Chinese ‘Middle Ages’: Essays in Mid-Tang Literary Culture (1996), The Late Tang: Chinese Poetry of the Mid-Ninth Century (827-860) (2006), The Making of Early Chinese Classical Poetry (2006), The Poetry of Du Fu (2015), The Poetry of Ruan Ji​ (2017), et son dernier ouvrage All Mine: Happiness, Ownership, and Naming in Eleventh-Century China (2022).

Retrouvez sa bibliographie en suivant ce lien  : Stephen Owen

Entrée libre, dans la limite des places disponibles

 

Peut-on rendre compte langagièrement de la vérité ? Introduction à la philosophie du Zen et de l’ésotérisme du moyen âge

真理は語り得るか。中世禅密序説

Dates : Samedi 25 juin 2022 – 09:00 – 11:00
Lieu : En ligne

Conférence du groupe d’étude de philosophie japonaise. 

M. Fumihiko SUEKI (末木文美士), professeur émérite à l’Université de Tôkyô et au Centre international de recherche sur les études japonaises Nichibunken

La communication sera en japonais suivie de présentation résumé en français par M. Frédéric GIRARD (professeur émérite à l’EFEO)

Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 22 juin 2022

contact courriel :
takako.saito@inalco.fr
akinobukuroda@gmail.com
arthur.mitteau@univ-amu.fr,
simon.ebersolt@gmail.com

Résumé
 La collection d’ouvrages sur le Zen médiéval, en 12 volumes (y compris une annexe) intitulée « Chûsei zenseki sôkan », a été publiée entre 2013 et 2019, par la maison d’édition Rinsen de Kyōto. Elle recueille des reproductions photographiques ainsi que des réimpressions de manuscrits concernant la littérature médiévale du Zen, dûment présentées et introduites.
 Elle rassemble notamment les manuscrits de l’archivium Ôsu de Hôshôin du temple Shinpukuji de l’école de la Vraie Parole (branche Chizan ) de Nagoya ainsi que des manuscrits conservés à l’archivium de la bibliothèque Kanazawa bunko du temple Kintakusan Shômyôji de l’école disciplinaire de la Vraie Parole.
 Il est à remarquer que l’on a découvert, dans le temple Shinpukuji, des textes inconnus jusqu’à nos jours de la main de Eisai (1141-1215) et de En.ni (1202-1280). Ils nous ont apporté une nouvelle vision qui met à mal les idées les plus répandues que l’on a sur le Zen médiéval, parce qu’ils sont profondément associés avec l’enseignement de l’école de la Vraie Parole. Les textes de Eisai sont ceux qui ont été consignés avant son deuxième voyage en Chine sous les Song et qui traitent exclusivement de l’enseignement de l’école de la Vraie Parole. Concernant les textes de En.ni (qui fonda le temple Tôfuku) et de son disciple Chikotsu Daie (1229-1312), de l’école Zen Rinzai ésotérisée, la collection comprend de nombreux texte de ce dernier, parce que le bouddhisme ésotérique du courant de Chikotsu Daie fut étudié dans le temple Shinpuku. En outre, des textes jusqu’alors inconnus de En.ni
ont été également découverts. Comme ils traitent du Zen dans un contexte ésotérique, il apparaît de façon patente que leur conception du Zen était étroitement liée avec l’ésotérisme.
En présentant ces textes nouvellement découverts, ma communication se propose d’étudier la possibilité ou non d’exprimer verbalement la vérité, ce qui était en question chez eux. Le Zen insiste sur le fait que « l’éveil n’est pas transmissible au moyen du langage (Furyû moji) » en soulignant le fait qu’il est impossible de rendre compte de la vérité ultime de façon notionnelle et que l’on peut seulement la réaliser par le vécu. En revanche, l’ésotérisme insiste sur la prédication de la vérité ultime (qu’est la Loi) grâce au corps de la Loi (Hosshin). Cette question était, par conséquent, fondamentale aux 12e et 13e siècles aussi bien pour le Zen que pour l’ésotérisme et c’est pourquoi elle
fut étudiée ardemment.

Nous examinerons les points suivants :
1. Nous examinerons le sens de la « prédication de la Loi par le corps de la Loi (Hosshin seppô)» chez Kûkai (774-835), car ce concept était la base de discussions au 13e siècle.
2. Avant son deuxième voyage en Chine, Eisai affirma, dans le débat qu’il a entretenu avec le moine Songa dans la région du nord de Kyûshû, que seule était valide la « prédication de la Loi en corps de nature propre (Jishôshin seppô)», alors que Songa a mis en avant la seule « prédication de la Loi en corps d’auto-fruition (Jijuyôshin seppô)». Quel sens et quel rapport avec le Zen de Eisai ce débat peutil avoir ?
3. En.ni pose la question de la possibilité (ou l’impossibilité) d’exprimer à l’aide du langage la vérité ultime dans l’ésotérisme.
4. La position de Dôgen (1200-1253) diffère de ces deux positions. Selon lui, la vérité est dicible (Dôtei/Dôtoku). Comment peut-on comprendre le fait ?

Nous examinerons cette problématique à travers des discussions des 12e et 13e siècles où le Zen et l’ésotérisme n’étaient pas considérés indépendamment l’un de l’autre.

Cf. 末木文美士,「中世禅の形成と知の交錯」(末木文美士監修/榎本渉・亀山隆彦・米田真理子編 『中世禅の知』, 臨川書店, 2021),(拙著『禅の中世』、臨川書店、2022 予定に改稿収録)

Conférence – lecture de poésie par ITÔ Hiromi

Dates : Samedi 18 juin 2022 – 17:00 – 19:00
Lieu : Salle 479 C, Université Paris Cité, Grands Moulins, 5 rue Thomas Mann, 75013 Paris

La conférence-lecture sera introduite par Makiko UEDA-ANDROCécile SAKAI et Anne BAYARD-SAKAI
上田=アンドロ・眞木子 : 現代詩と女性性について
坂井セシル : 伊藤比呂美の場所
坂井=バヤール・アンヌ、伊藤比呂美
対談 :「今詩を書くこと、作品をめぐって」

伊藤比呂美、朗読会
「カノコ殺し」「ナシテ・モーネン」「意味の虐待」
「河原荒草」(2006年)より 「とげ抜き・新巣鴨地蔵縁起」(2007年)より

ITÔ Hiromi : née en 1955 à Tokyo, elle est aujourd’hui l’une des plus grandes poétesses du Japon. Son œuvre puissante et audacieuse, en vers libres, s’inscrit initialement dans des thématiques féministes qui croisent les questions du corps, de la sexualité, de la langue, de la domination. Après être restée plus de vingt ans en Californie, ITÔ, de retour au Japon, à Kumamoto, explore aujourd’hui dans une perspective bouddhiste les contours de la maladie et de la mort. Auteure d’une douzaine de recueils poétiques, elle a également publié des romans et des essais importants. Ses œuvres sont traduites en anglais et en allemand, notamment :Itô, Hiromi (2009), Killing Kanoko: Selected Poems of Hiromi Itō, translated by Jeffrey Angles. Notre Dame, Action Books.

  • Itô, Hiromi (2014), Wild Grass on the Riverbank, translated by Jeffrey Angles. Notre Dame, Action Books.
  • Itô, Hiromi (1997), Mutter töten, translated by Irmela Hijiya-Kirschnereit. St. Pölten, Austria: Residenz verlag GmbH.
  • Itô, Hiromi (2021), Dornauszieher – Der fabelhafte Jizô von Sugamo, translated by Irmela HijiyaKirschnereit, Matthes & Seitz Berlin.
Pour tout contact et s’inscrire :
cecile.sakai@u-paris.fr ou anne.bayardsakai@inalco.fr

Atelier de traduction poétique, autour et en présence d’ITÔ Hiromi

Dates : Lundi 20 juin 2022 – 15:00 – 18:00
Lieu : Salle de Sacy, Inalco, Maison de la recherche, 2 rue de Lille, 75007 Paris

Atelier coorganisé par l’Ifrae et le CRCAO. Avec la collaboration de l’université livre de Berlin. 

Session de traduction collective de quelques œuvres poétiques d’ITÔ Hiromi, en présentiel, notamment :「カノコ殺し」「意味の虐待」et autres.
Les documents seront distribués sur place.

ITÔ Hiromi : née en 1955 à Tokyo, elle est aujourd’hui l’une des plus grandes poétesses du Japon. Son œuvre puissante et audacieuse, en vers libres, s’inscrit initialement dans des thématiques féministes qui croisent les questions du corps, de la sexualité, de la langue, de la domination. Après être restée plus de vingt ans en Californie, ITÔ, de retour au Japon, à Kumamoto, explore aujourd’hui dans une perspective bouddhiste les contours de la maladie et de la mort. Auteure d’une douzaine de recueils poétiques, elle a également publié des romans et des essais importants. Ses œuvres sont traduites en anglais et en allemand, notamment :

  • Itô, Hiromi (2009), Killing Kanoko: Selected Poems of Hiromi Itō, translated by Jeffrey Angles. Notre Dame, Action Books.
  • Itô, Hiromi (2014), Wild Grass on the Riverbank, translated by Jeffrey Angles. Notre Dame, Action Books.
  • Itô, Hiromi (1997), Mutter töten, translated by Irmela Hijiya-Kirschnereit. St. Pölten, Austria: Residenz verlag GmbH.
  • Itô, Hiromi (2021), Dornauszieher – Der fabelhafte Jizô von Sugamo, translated by Irmela HijiyaKirschnereit, Matthes & Seitz Berlin.

Pour tout contact et s’inscrire :
cecile.sakai@u-paris.fr ou anne.bayardsakai@inalco.fr

Groupe d’étude de philosophie japonaise

Dates : Samedi 28 mai 2022 – 14:00 – 16:45
Lieu : En ligne

14h – 14h45 suivie de discussion d’une demie heure
Frédéric GIRARD (EFEO)
« Expérience pure de NISHIDA et expérience directe de MOTORA :
la structure double de la psychè héritée de la Talité du Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule. »

15h20 – 16h05 suivie de discussion d’une demie heure
Raphaël PIERRES (Université Paris I Panthéon-Sorbonne )
« Décentrer la première personne : WATSUJI Tetsurô, ÔMORI Shôzô et SAKABE Megumi ».

16H40 : la fin de séance


Pour le lien Zoom, prière de contacter : takako.saito@inalco.fr à partir du 24 mai 2022
contact courriel : takako.saito@inalco.frakinobukuroda@gmail.comarthur.mitteau@univ-amu.frsimon.ebersolt@gmail.com

Résumé de Frédéric GIRARD 
     L’Etude sur le bien (1911) de Nishida Kitarō (1870-1945) met en avant le concept d’expérience pure ou immédiate (junsui keiken, chokusetu keiken 純粋経験, 直接経験). C’est autour de cette notion qu’il a eu, jeune lycéen, le sentiment de l’avoir perçue comme en rêve en se promenant dans les rues de Kanazawa, qu’il a bâti sa philosophie. Les choses sont unifiées par un seul principe, une seule activité. Nishida ne peut s’empêcher d’affirmer qu’ils sont l’esprit, conçu comme universel et non pas individuel, la conscience de soi unifiée, la volonté, l’action, le Tathandlung de Fichte (1762-1814), et l’intuition intellectuelle. Et, pour lui, la plus grande unité qui unifie le réel est Dieu, la réalité unique qui est présente au cœur de tous les êtres naturels.
     C’est à partir de son expérience de la méditation que Nishida a forgé sa conception de l’expérience pure : « L’expérience pure désigne l’expérience avant que n’apparaissent des oppositions du genre, choses et pensée, ego et autrui, autrement dit elle désigne les données immédiates dans lesquelles il n’y a ni personne connaissante ni chose objet de la connaissance. Ces distinctions entre choses et pensée, ego et autrui, sont considérées comme naissant de rapports au sein de cette expérience. Il va de soi que, ainsi envisagée, l’expérience pure, par définition, précède tout ce qui peut être constitué par les formes du temps, de l’espace et de la causalité; c’est une expérience qui précède la pensée. Qu’est-elle donc? Selon les auteurs, on a plusieurs réponses. Mach y voit une chose sensitive, mais pour Bergson elle est, peut-on dire, un flux infini qu’on ne peut diviser, elle est la durée pure, ce qui est sensitif étant au contraire le produit de la pensée réflexive. » 1. On peut noter que Nishida ne mentionne pas le nom de William James dans cet article de dictionnaire !
     Olivier Lacombe a écrit à propos de l’expérience pure dans le bouddhisme indien de l’école du Milieu, concept qu’il utilise sans avoir connu semble-t-il son utilisation chez Nishida : « Ces dialecticiens – nous pensons en particulier à l’école bouddhique du Milieu – se servent de la dialectique non pour établir une doctrine explicative, mais pour faire table rase, afin que l’Expérience ineffable et irreprésentable jaillisse en toute sa pureté. On utilise la dialectique moins pour connaître que pour jeter bas les superstructures secrétées par la vie empirique et qui offusquent la présence immédiate de l’esprit à lui-même. Il s’agit de décaper l’esprit et de le ramener à sa réalité nue, en sorte que l’Expérience surgisse absolument pure » 2. Il y fait de façon explicite allusion afin d’illustrer sa logique du lieu, dans son dernier écrit, La logique du lieu et et la vision religieuse du monde, Bashoteki ronri to shūkyōteki sekaikan 場所的論理と宗教的世界観, avril 1945.
     Il est une source plus que probable de cette expérience pure. Nous avons remarqué que, dans son journal, Nishida a accordé une importance primordiale au Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule, Dacheng qixinlun 大乗起信論, ce traité apocryphe chinois du VIe siècle qui a tant influencé la philosophie bouddhique chinoise, coréenne et japonaise par la suite. Ce traité lui a permis de mettre en évidence la vérité authentique qu’il recherchait et qu’il a trouvée et qu’il veut illustrer en termes philosophiques et scientifiques actuels.

     Or, il est notable que l’un des professeurs de Nishida depuis septembre 1891, Motora Yūjirō 元良勇次郎 (1858-1912) 3, a rédigé un article touchant notre question, « An Essay on Eastern Philosophy, The idea of ego in oriental philosophy », traduit en français, « Essai sur la philosophie orientale, L’idée de moi dans la philosophie orientale », au Congrès international de psychologie, tenu à Rome du 16 au 30 avril 1905. L’article fait état de l’« expérience directe » en rapport avec l’expérience du Zen. Il l’explicite à l’aide de la doctrine du shinnyo 真如, qui se situe à deux niveaux : « Le Shinnyo, connu par une expérience directe… est la réalité même. Il n’est pas un être personnel, comme le Dieu du christianisme, mais est l’éternelle et immuable existence. » Sans le nommer Motora se réfère au Traité sur l’acte de foi dans le Grand Véhicule qui précisément est connu pour développer la Talité sur deux plans, l’un inconditionné, l’autre conditionné, qui semblent s’opposer aux yeux de l’intelligence conceptuelle mais sont unis dans l’expérience. Motora envisage le dépassement du paradoxe et du dédoublement comme une question aussi vieille que la philosophie même, celle du dépassement du « moi » ou du « soi » par la conscience ou par la volonté, cette dernière étant celle des stoïciens, de Kant et celle à laquelle tend le Zen. Le Zen réduit la connaissance à un aspect de l’activité, et le bouddhisme tient que sous l’angle de l’objectivité du système conceptuel, le dédoublement mental, l’autoréalisation et l’unification grâce à la volonté, relèvent d’un élément immuable, qui ignore le changement, que l’on est contraint de poser afin de comprendre d’où provient ce qui change. C’est cet élément qui est qualifié de Talité, Shinnyo, que Motora traduit par « la réalité en soi », « le fait réel », par opposition au « fait illusoire » qu’est la « représentation » et qui correspond à ce qu’il appelle la « potentialité psychique ». Or, on sait que Nishida a rédigé son « Chapitre partiel d’ouvrage sur l’expérience pure », Junsui keiken ni kansuru danshō 純粋経験に関する断章, au mois d’octobre 1905 4, soit immédiatement après la publication de l’opuscule de Motora. En outre il publiera dans la Revue de philosophie (Tetsugaku zasshi) au mois d’août 1908 un article intitulé « Expérience pure, réflexion, volonté et intuition intellectuelle », qui reprend mot pour mot une partie de son Etude sur le bien, avant de publier un nouvel article dans la même revue, au mois de février 1910, intitulé « Rapports et relations mutuels dans l’expérience pure », objet d’une conférence trois mois auparavant 5. On peut considérer que le point de départ méthodologique de Nishida caractérisé par l’« expérience pure » est dans ses spécificités en lien direct avec les positions de son professeur de psychologie Motora, soit qu’il en ait hérité à travers son enseignement soit qu’il en ait eu connaissance par cet opuscule de 1905. N’est-ce pas cette Talité que Nishida qualifie de « réalité » ou « vraie réalité », jitsuzai 実在, depuis l’époque d’Etude sur le bien ?


Résumé de Raphaël PIERRES
     Décentrer la première personne : Watsuji Tetsurô, Ômori Shôzô et Megumi Sakabe
     Dans le fil d’une enquête que nous avons engagée sur le statut de l’intériorité, en particulier chez Nishida Kitarô (2017-2020), puis sur la notion de 心 (2021-2022), nous proposons ici une interrogation générale autour du décentrement de la première personne que nous observons dans les textes philosophiques écrits en japonais. Au croisement de considérations linguistiques, culturelles et conceptuelles, il en va du statut de l’ego vis-à-vis de l’altérité.
Cette étude est une manière pour nous de problématiser sous un angle nouveau l’universalité et l’évidence du « Je pense ». Que devient ce « je pense » dans une langue où le sujet n’a pas valeur de condition indispensable, mais presque de complément circonstanciel ?
     Le travail désormais classique de Watsuji Tetsurô nous offrira un point d’entrée dans cette question en nous amenant à prendre conscience des circonstances dans lesquelles la personne se construit et s’inscrit, dans une double dimension, médiale et intersubjective. Nous analyserons alors la tentative d’Ômori Shôzô de constituer une ontologie moniste en proposant une critique réaliste (au sens épistémologique) de la distinction entre la chose et sa représentation, entre l’objet et le sujet : il en va du point où la grammaire se noue à l’ontologie. Le travail de Sakabe Megumi nous permettra enfin de faire la synthèse de ces différents aspects en proposant à la fois une critique de la notion de sujet, et une compréhension nouvelle de la notion de personne.
     Ainsi, prendre au sérieux l’inscription de la première personne dans le langage (sans toutefois l’y réduire) nous conduira à explorer les intersections entre les champs linguistiques, métaphysiques, épistémologiques, éthiques et esthétiques. Il faudra enfin en tirer les leçons. Si nous faisons porter l’accent sur la manière dont la constitution de la première personne est située, si ce sont finalement les autres personnes qui en sont la condition et lui donnent sa pleine signification : la première personne n’est-elle jamais que seconde ?

1. Article junsui keiken, Pure experience, Reine Erfahrung, dans le Dictionnaire de philosophie de Iwanami, p.480.
2. Voir Olivier Lacombe, « L’expérience mystique », 1963, in Indianité, Paris 1979, pp.199-200 (Expérience pure par décapage de l’esprit selon le Madhyāmika; par arrêt des fabrications mentales selon le Yoga; la connaissance née de l’union de l’Expérience pure et de l’imagination transcendantale chez Diṅnāga et Śankara; la “connaissance générale chez le P. Surin (XVIIe siècle). Sur cette notion, voir la doctrine du “pancalisme” de T.Mark Baldwin (1861-1934)(Genetic Logic et Genetic theory of reality; voir Emile Bréhier, Histoire de la philosophie, T.II-4, p.995).
3. NKZ, XIX, p. 744. Professeur à l’université impériale de Tokyo. Nishida donne des cours de psychology à partir de juillet 1899 au Lycée, Idem, p. 746. Il revoit son professeur en avril 1907, Idem, p. 749.
4. NKZ, XIX, p. 748.
5. NKZ, XIX, p. 750.

La Chine et la guerre. Une discussion à partir du récent livre de Jean-Pierre Cabestan ‘Demain la Chine : guerre ou paix ?’

Dates : Mercredi 25 mai 2022 – 15:00 – 16:30
Lieu : Inalco, Maison de la recherche, 2 rue de Lille 75007, auditorium Dumézil

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Alors que la guerre en Ukraine fait rage, la question d’un engagement éventuel de la Chine dans un conflit armé devient de plus en plus pressante. La mer de Chine du Sud, les Senkaku (Diaoyu) et surtout Taiwan sont les théâtres potentiels de guerre les plus souvent évoqués. Xi Jinping s’apprête-t-il pour autant à envahir Taiwan ? S’il est trop tôt pour savoir quelles leçons le gouvernement chinois va tirer de l’invasion russe de l’Ukraine, il semble pour l’heure continuer de privilégier tant dans le détroit de Taiwan qu’ailleurs une stratégie dite des “zones grises”, qui sans outrepasser le seuil de la guerre accroît la pression psychologique sur ses adversaires, y compris les Etats-Unis. 

Coorganisée par l’Ifrae & Asia Centre

En présence de l’auteur, Jean-Pierre Cabestan, CNRS, Ifrae
Avec la participation de Chloé Froissart, PU, Inalco, Ifrae et Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre

Rencontre du lundi : Évolution du paysage religieux en Chine et en Asie : nouveaux acteurs, nouvelles religions

Dates : Lundi 16 mai 2022 – 18:00 – 19:15

Lieu : Inalco, Maison de la recherche, 2 rue de Lille 75007, Auditorium Dumézil & Zoom

Pour assister à la conférence sur zoom : formulaire d’inscritpion

Le monde sinisé est aujourd’hui producteur de nombreux nouveaux groupes religieux. Certains sont en situation de vive tension avec les environnements sociaux et politiques dans lesquels ils se développent. D’autres parviennent à surmonter tensions et barrières culturelles pour se transformer en de larges mouvements transnationaux actifs bien au-delà de l’univers culturel chinois et des diasporas sinophones. Dans le cadre des Rencontres du lundi, deux chercheurs de l’IFRAE évoqueront ces évolutions du paysage religieux à partir de leurs travaux de terrain.

Sébastien BILLIOUD est professeur à l’université Paris cité et membre de l’Ifrae
Travaux récents :
Reclaiming the Wilderness, Contemporary Dynamics of the Yiguandao, Oxford University Press, 2020, 296 p.
從台灣到世界:二十一世紀一貫道的全球化 (De Taïwan vers le monde : la globalisation du Yiguandao au 21ème siècle), édité en collaboration avec Yang Hung-jen, Presses de l’Université Chengchi (政大出版社), 2022, 356 p.

Junliang PAN est maître de conférences à l’université Paris cité et membre de l’Ifrae
Travaux récents :
« Invisibilité des pratiques religieuses des migrants chinois en France », in Migrations Société, 2021/1 (N° 183), pp. 111-126.
« 道教與民間宗教信仰的多面相關係——以蒼南馬站一次宗教醫療儀式為例(Relation multifacette entre Daoïsme et religion populaire) », in Philip Clart, Vincent Goossaert et Hsieh Shu-wei (éd.), 道教與地方宗教──典範的重思國際研討會論文集Daoism and Local Cults: Rethinking the Paradigms, Taïpei 台北 : Center for Chinese Studies 漢學研究中心, 2020, pp. 195-215. 
« Actors, Spaces, and Norms in Chinese Transnational Religious Networks: A Case Study of Wenzhou Migrants in France », in Paul Katz et Stefania Travagnin (éd.), Concepts and Methods for the Study of Chinese Religions III : Key Concepts in Practice, Berlin : De Gruyter, 2019, pp. 209-231.

Rencontre animée par Guibourg DELAMOTTE, maître de conférences HDR, politologue, département d’études japonaises, chercheuse, Ifrae*Travaux récents 
Travaux récents :
Coed. with J. Brown et R. Dujarric, The Abe Legacy. How Japan has been shaped by Abe Shinzo, Lexington, 2021.
Coed. with C. Tellenne, Geopolitique et geoeconomie du monde contemporain. Puissance et conflits, La Decouverte, 2021.
Soeya Yoshihide, Diplomatie japonaise, la voie etroite – Transl. from Japanese by F. Ackerer, Hemispheres/Maisonneuve et Larose, 2021 (proofreading and introduction G. Delamotte).
Oyama Reiko, La Diete japonaise. Pour un parlement qui debatte – Transl. from Japanese by A. Grivaud, Presses de lInalco (proofreading and foreword G. Delamotte), 2021.

Les rencontres du lundi sont coorganisée avec Asialyst

Réunion de travail – session linguistique

Dates : Vendredi 15 avril 2022 – 13:00 – 15:00
Lieu : Zoom


Dans le cadre de l’activité du groupe Langue et Subjectivité de l’IFRAE, nous organisons une réunion de travail (session Linguistique, sur Zoom), avec les deux intervenants suivants :

1. « Expressions de la subjectivité en japonais : le cas des exclamatives en donnani », NAKAMURA Takuya, Laboratoire d’Informatique Gaspard-Monge (LIGM), UMR 8049
2. « La subjectivité dans les verbes composés japonais », MATSUMOTO Asuka, Instytut Lingwistyki Stosowanej Uniwersytetu Warszawskiego (ILS UW)

Demander le lien de connexion : ifrae [@] inalco.fr

Autour du roman graphique “Qin Opéra” (Patayo, 2021): dans la lignée des peintures sur rouleau chinois

par Marie Laureillard, en discussion avec Vincent Durand-Dastès et Estelle Bauer

Dates : Jeudi 17 mars 2022 – 18:30
Lieu : Amphi 7, Inalco, 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris

Il s’agira de présenter le format inhabituel de ce livre de Li Zhiwu et Men Xiaoyan et son style graphique adapté au contenu, tiré d’un roman de Jia Pingwa évoquant le déclin de l’opéra dans la province du Shaanxi. Nous tenterons de montrer la manière dont ce leporello de 20 mètres de long s’inscrit dans la tradition des rouleaux peints chinois.

Le livre chez l’éditeur
Li Zhiwu, Meng Xiaoyan.. “Qin opéra”. Traduction Marie Laureillard, Adaptation Marie Laureillard, Laurent Mélikian, Frédéric Fourreau, Patayo Edition : Nantes, 2022

Postfaces de Vincent Durand-Dastès, professeur de littérature chinoise prémoderne, de Laurent Mélikian, directeur de collection