Entretien avec Naoko Tokumitsu

Sociologue, diplômée de l’EHESS, Naoko Tokumitsu a été recrutée par l’Inaco en tant que Maître de conférences pour enseigner la sociologie du Japon contemporain. Elle a rejoint l’IFRAE le 1er septembre 2020.

Qu’est-ce qui vous a amené à votre discipline et votre aire d’étude ?

« Mon intérêt pour la sociologie s’est développé lorsque j’étais étudiante en licence, à l’occasion de mes séjours en France. À l’âge de 19 ans, j’ai pris part aux activités bénévoles d’Emmaüs, dans la communauté de Lescar-Pau, dans l’idée de pratiquer mon français. J’y ai rencontré des personnes de divers pays, aux parcours de vie variés, ce qui m’a a amenée à interroger des valeurs et des normes qui me paraissaient jusqu’alors évidentes. Je me suis par la suite spécialisée en sociologie, ce qui m’a permis de relativiser les regards que l’on porte sur soi et sur les autres. Il m’a cependant semblé que les échanges entre Japon et France au sein de la sociologie pouvaient être développés davantage, de façon à mettre en question les idées reçues. À ce titre, les rencontres que j’ai faites avec les japonologues en France se sont révélées décisives pour nourrir et approfondir ma réflexion sociologique, dans une perspective comparatiste. »

Pouvez-vous nous présenter votre parcours académique en quelques mots ?

« Je dispose d’une formation initiale orientée vers les sciences sociales et les langues, acquise lors de ma licence à l’Université des langues et civilisations étrangères de Tokyo. J’ai ensuite été étudiante en échange pendant un an Sciences Po Paris, puis me suis inscrite en master de sociologie à l’Université de Hitotsubashi, afin de me spécialiser dans l’étude des politiques sociales et urbaines au Japon. Dans la continuité de ce master, j’ai entrepris un doctorat à l’EHESS sous la direction de Michel Forsé, afin d’étudier le rôle des acteurs locaux dans la régulation des déviances en France et au Japon. »

Que représentent l’Inalco et l’IFRAE pour vous ?

« Ils représentent pour moi la confluence des savoirs sur l’Asie de l’Est ! »

Quels sont vos thèmes de recherche et projets à venir ?

« J’ai travaillé, dans le cadre de ma thèse, sur la participation des habitants au maintien de l’ordre en France et au Japon. Dans le prolongement de ce travail, j’étudie le rôle des voisinages, en concentrant mon attention sur la question des ruptures sociales chez les personnes âgées ainsi que sur leur rapport au quartier. Je suis très heureuse de pouvoir être membre de l’IFRAE car je tiens à enrichir mes réflexions par le dialogue avec des spécialistes de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. C’est dans ce cadre que je co-organise actuellement, avec Jean-Michel Butel, la journée d’étude « Voisinages en Asie » prévue pour janvier 2021. Par ailleurs, en matière de projets de publication, ma thèse sera bientôt éditée chez Hémisphères Editions. Je suis également en train de préparer un article, à paraître l’année prochaine, portant sur la police dans la concession internationale de Kobe à la fin du XIXe siècle. »

Quel(s) projets du laboratoire allez-vous rejoindre ?

« Je souhaiterais en particulier inscrire mes travaux dans l’axe 2 de l’IFRAE, « Trajectoires et généalogies de l’Asie de l’Est contemporaine », axe auquel je participe déjà en tant que membre de « Populations japonaises ». »

Souhaiteriez-vous adresser quelques mots aux membres de l’IFRAE ?

« Je serais très heureuse si je pouvais échanger et travailler avec vous. Je suis donc impatiente de pouvoir vous rencontrer ! »