Entretien avec Eric Guerassimoff

Professeur des université à l’université de Paris, où il enseigne l’histoire de la Chine contemporaine, Eric Guerassimoff est en délégation à l’IFRAE depuis le 1er septembre 2020.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours académique ?

« Après une formation en histoire, en études chinoises et en économie et droit du développement, puis un séjour en Chine entre 1988 et 1992 (Université de Xiamen, département d’histoire, et Université Nankai, Faculté d’économie, Tianjin), j’ai soutenu en janvier 1997 une thèse de doctorat d’histoire contemporaine intitulée : « Les racines de l’œuvre éducative de Chen Jiageng. Les Chinois d’Outre-mer et le développement de l’enseignement en Chine au début du XXe siècle », (Université Paris 8, 1997, 3 tomes, 1076p.), qui avait été entreprise sous la direction de Nora Wang.

Recruté comme maître de conférences en histoire de l’Asie par l’Université Paris 7 Denis Diderot en 1998, j’ai enseigné au sein du département d’historie de l’UGR GHSS de cet établissement. Depuis septembre 2004, je suis professeur d’histoire contemporaine de la Chine au sein de la section de chinois de l’UFR langues et Civilisations de l’Asie Orientale (LCAO). En délégation au sein de l’Institut de Recherches asiatique (IrASIA – UMR AMU/CNRS) en 2019-2020, j’ai rejoint l’Institut Français de Recherche sur l’Asie de l’Est depuis le 1er septembre 2020 pour une nouvelle délégation d’une année. »

  • Président du Conseil des Formations, UFR Langues et Civilisation de l’Asie Orientale (LCAO), 2016-2019
  • Vice-Président de l’Université Paris -Diderot, en charge des formations et de la vie universitaire, 2012-2014
  • Président de la Commission Pédagogique du CEVU de l’Université Paris Diderot, 2012
  • Directeur de l’UFR Langues et Civilisations de l’Asie Orientale (LCAO), 2006-2010
  • Directeur du Laboratoire SEDET UMR 7135 CNRS/UPD, 2005-2007
  • Directeur du département d’Histoire de l’UFR GHSS, 2000-2002
  • Membre du Conseil du laboratoire SEDET, 2000-2010 ; Coordinateur de l’axe thématique n°3 Réseaux, territoires et mobilités, 2000-2007″

Que représente l’IFRAE pour vous ?

« Ma délégation au sein de l’Institut français de recherches sur l’Asie de l’Est répond à un double objectif. En premier lieu, poursuivre et achever une recherche individuelle sur le thème de l’intermédiation migratoire en Chine. En second lieu, cette délégation contribuera grandement à faciliter un travail de coordination et d’animation de Cooliebrokers, programme de recherche financé par l’ANR dans le cadre de l’AAPG de 2020, dont l’IFRAE est un des partenaires.

Mon projet de recherche s’inscrit dans la continuité de ma délégation au sein de l’UMR IRASIA à Marseille en 2019-2020. D’une manière générale, il souhaiterait contribuer à enrichir les savoirs relatifs à l’« intermédiation » du travail migrant en Asie à l’époque coloniale. Je m’attacherai plus particulièrement, durant mon séjour à l’IFRAE, à l’étude de l’articulation des logiques économiques coloniales, des stratégies évangélisatrices et des choix particuliers des émigrants chinois chrétiens. Cette articulation sera éclairée toujours à travers l’analyse d’un cas particulier, celui d’un « affairiste » français, Francis Vetch (1862-1944) qui tenta de s’établir dans le recrutement de main d’œuvre en Chine pour le compte de plusieurs colonies ou entreprises françaises à l’étranger, en s’appuyant sur les réseaux catholiques en Chine.Ce projet s’inscrit au sein de l’axe « Histoire et sociologie du fait religieux » de l’IFRAE, et sera conduit plus spécialement en relation avec la thématique « migration et religion » et le travail mené par plusieurs membres du laboratoire sur les circulations chrétiennes transnationales. »

Quels sont vos thèmes de recherche et projets à venir ?

« Mes recherches portent sur l’histoire des migrations chinoises internationales, en particulier dans le monde colonial, leurs liens avec la modernisation de la Chine au tournant du XIXe s., saisis plus spécialement dans les domaines de l’éducation et du travail. Durant la thèse de doctorat je me suis efforcé de répondre à une question : pourquoi (et comment) les émigrés chinois maintiennent des liens avec leur région de naissance ou d’origine ? La question a d’abord été formulée dans une perspective d’histoire générale. Elle a été travaillée sur le terrain des rapports de l’émigration avec l’éducation (chinoise et non-chinoise). Depuis 2011, Je m’intéresse à l’exportation de main d’œuvre chinoise à partir du début du XIXe s. – les « coolies » chinois -, ses modalités, ses différents acteurs et ses objectifs, en lien avec les enjeux de la modernisation chinoise. Il s’agit pour moi plus spécialement d’examiner l’organisation des migrations de travail (migration industry) en tant que champ autonome au sein des processus migratoires. Appelée aussi « boîte noire » de la migration, une intermédiation complexe qui regroupe l’ensemble des acteurs et institutions, des règles et des conventions qui facilitent ou organisent ces mobilités, est l’objet actuel de mes investigations historiques. Les éléments agissant sur la décision du « retour » (alterné ou définitif) et de l’investissement, qui m’occupent depuis la thèse, sont ainsi désormais recherchés aussi du côté de l’organisation et de la dynamique interne des migrations chinoises, et examinés principalement à l’aide des outils et concepts de la sociologie économique. »

  • Coordinateur principal (2021-2023), ANR Cooliebrokers : « L’intermédiation dans l’organisation du travail migrant au sein de l’empire colonial français d’Asie-Pacifique, du début du 19e au milieu du 20e siècle »
  • Coordinateur (2020-2022), (avec Emmanuel Poisson, IFRAE, co-porteur & Batik International : http://batik-international.org/), programme de recherche « Histoire(s), mémoires, représentations du travail asiatique, dans le 13e arrondissement de Paris »
  • Coordinateur (2018-2019), Action de recherche structurante (ARS) de l’Université Paris Diderot, sur le thème : «Les travailleurs migrants dans l’empire colonial français d’Asie-Pacifique et en métropole : sources et perspectives de recherche (XIXe-XXe siècles) »
  • Co-responsable (2017-2018) (avec Emmanuel Poisson), programme de recherche « Travail, Mobilités et Culture au Vietnam, du début du XIXe s. à nos jours »
  • Co-responsable (2012-2014) (avec Issiaka Mandé, UQAM), action internationale de recherche du SEDET sur la thématique Engagés et empires. Les migrations de travail dans le monde colonial, 1850-1950
  • Responsable (2003-2007), équipe de recherche, Limites floues, frontières vives : la Chine et les « Chinois d’outre-mer »
  • Responsable (2000-2003), programme de recherche « Circulations migratoires et développement au Sud » »