Entretien avec Benjamin Giroux


Benjamin Giroux a été recruté par l’Inalco en tant que PRAG, afin d’enseigner la langue japonaise.

Qu’est-ce qui vous a amené à votre discipline et votre aire d’étude ?

« Ma formation initiale en lettres modernes m’a naturellement porté vers la littérature japonaise. Je m’intéresse aux écrivains japonais contemporains, dans une approche sociologique de la littérature puisque dans le cadre de mes recherches je tente d’analyser le système des prix littéraires au Japon, et les processus de légitimation et de reconnaissance des écrivains contemporains.

La lecture de travaux suscités par l’approche sociologique du champ littéraire proposée par Bourdieu, comme ceux de Nathalie Heinich, Pascale Casanova, Gisèle Sapiro, Sylvie Ducas ou encore sur la notion de « posture » d’écrivain, avec Jérôme Meizoz, ont nourri ma réflexion jusqu’à présent. Comment les écrivains japonais accèdent-ils à la reconnaissance littéraire et comment vivent-ils cette consécration ? Quels sont les acteurs impliqués, les rouages institutionnels qui se mettent en mouvement dans ce processus de légitimation ?

J’essaye toutefois ne pas oublier le « plaisir du texte » qui m’a poussé vers la littérature, et la traduction est ainsi un domaine qui m’intéresse au plus haut point. »

Pouvez-vous nous présenter votre parcours académique en quelques mots ?

« Mon parcours est loin d’avoir été linéaire ! Après un baccalauréat scientifique, j’ai intégré une classe préparatoire littéraire, puis j’ai étudié les lettres modernes à la Sorbonne Nouvelle. Enfin, je me suis inscrit en cours du soir de japonais à l’Inalco et y ai poursuivi mes études jusqu’au DEA, sous la direction de Mme Anne Bayard-Sakai. Titulaire d’une bourse du Gouvernement japonais, j’ai obtenu un master japonais à l’Université des langues étrangères de Tokyo en 2006, avec un travail sur l’écrivain Horie Toshiyuki, et je suis finalement resté au Japon dix ans, occupant après 2006 le poste de chargé de cours de français dans de nombreuses université tokyoïtes (Waseda, Jôchi, Rikkyô, Seijô, Shirayuri).

Inscrit en thèse, je ne suis pas parvenu à finaliser mon travail, malgré mon retour en France pour un poste d’ATER que j’ai occupé au sein du département des Études japonaises de l’Inalco de 2012 à 2014.

J’ai obtenu l’agrégation de japonais en 2015, et ai enseigné le japonais dans le secondaire, à Bordeaux (lycée Magendie), puis à Paris (lycée La Fontaine).

Cette expérience a été très formatrice, en nourrissant ma réflexion sur la didactique du japonais, mais aussi en m’apportant une meilleure compréhension de l’enseignement du japonais à l’échelle nationale. Je me suis notamment investi, sous la direction de M. Galan, dans la constitution de ressources conformes aux nouveaux programmes du secondaire et au nouveau baccalauréat. Depuis septembre 2020, j’ai le grand honneur d’occuper un poste de PRAG de japonais au département des Études japonaises de l’Inalco, où je tâcherai de succéder du mieux possible à ma collègue et amie Marion Saucier. »

Que représentent l’Inalco et l’IFRAE pour vous ?

« Travailler dans cette formidable tour de Babel qu’est l’Inalco est extrêmement stimulant. Par ma participation à l’IFRAE, j’espère pouvoir nourrir de mes travaux la réflexion commune sur les littératures d’Asie de l’Est, sur les pratiques littéraires mais aussi sur le rôle crucial que joue la traduction.

La didactique des langues est un domaine qui m’intéresse également et je serai heureux d’apporter ma contribution aux projets de l’IFRAE qui porteraient sur ces questions. »

Quels sont vos thèmes de recherche et projets à venir ?

« En 2018, j’ai obtenu le prix d’excellence au 3ème concours international de traduction du JLPP (Japanese Literature Publishing Project), organisé par l’Agence des affaires culturelles du Japon, et depuis 2019, je participe au groupe de traduction « Japonica Extravaganza – Dire et traduire les excentricités littéraires du japonais vers le français » (CRCAO, Université de Paris, Cergy Paris Université, INALCO), qui devrait aboutir à la publication d’un recueil de nouvelles et à l’organisation d’un colloque sur la traduction.

Je participe également au site « Nouvelles du Japon » mis en place par la traductrice Myriam Dartois-Ako, projet qui pourra s’intégrer aux cours que je donne à l’Inalco.

J’envisage parallèlement de poursuivre la publication d’articles scientifiques pour présenter l’état de mes recherches sur les prix littéraires au Japon, et sur les écrivains japonais contemporains. »

Quel(s) projets du laboratoire allez-vous rejoindre ?

« Je pense m’inscrire très naturellement dans l’Axe 1 : « Les langues, les sources et leurs enjeux ». »

Souhaiteriez-vous adresser quelques mots aux membres de l’IFRAE ?

« La perspective d’apprendre de chacun des membres de l’IFRAE me réjouit grandement, et j’espère que je pourrai, à ma hauteur, contribuer aux travaux et au rayonnement de l’IFRAE. »