Trajectoires et généalogies de l’Asie de l’Est contemporaine

Responsable : Isabelle Konuma
Suppléante : Charlotte Marchina

L’Asie de l’Est s’affirme depuis plus d’un demi-siècle à l’échelle du monde comme l’espace économique le plus dynamique et un centre politique incontournable. Ce développement s’est accompagné de transformations rapides et profondes sur les plans politique et économique, mais aussi social et environnemental. Une meilleure compréhension de cette évolution passe par une connaissance précise des trajectoires nationales changeantes et mouvementées, à l’aide d’analyses historiques poussées et d’études pluridisciplinaires s’appuyant sur des enquêtes de terrain réalisées grâce à la maîtrise des langues locales.

Thème 1. État et forces sociales à travers l’histoire

Le thème 1 propose une approche essentiellement historique adoptée collectivement par des chercheurs forts d’un double ancrage dans les disciplines et les pays de la zone (Chine, Corée, Japon et Vietnam). Attentif au croisement et à la combinaison de diverses échelles d’analyse, il s’intéresse aux dynamiques nationales et régionales en s’attachant à montrer en quoi et comment elles furent déterminées, d’une part, par la circulation des idées, des biens, des savoirs et des modèles institutionnels, et, d’autre part, par des facteurs économiques et sociaux en mutation constante. Cette thématique se décline en trois aspects : ouvertement comparatif avec le projet 1 traitant de « Croissance et formes d’emploi : une comparaison eurasiatique de l’incertitude au travail (eurasemploi) », intra-régional avec le projet 2 « Les réseaux intra-asiatiques dans la formation de l’Asie orientale : acteurs, circulations et innovations. 1800-2000 », et enfin plus centré nationalement avec le projet 3 traitant de
« L’olympisme en Asie de l’Est, d’hier à demain ».

Il se décline en trois projets de recherche : 
1. Les réseaux intra-asiatiques dans la formation de l’Asie orientale : acteurs, circulations et innovations. 1800-2000 
Contactez le responsable : Laurent Galy, Alexandre Roy, et David Serfass

L’« Asie orientale » est certes une image, un concept né de la modernité occidentale qui peut être vu comme le produit d’un « orientalisme » intéressé et souvent dominateur. Le mot désigne aussi une certaine réalité, la dynamique de constitution au cours des 19ème et 20ème siècle d’une « région mondiale » depuis la Sibérie orientale à l’Asie du Sud-Est. Le terme, et même l’idée, ont ainsi pu être repris régionalement sans soulever de profonde opposition, au contraire même, puisque rapidement des mouvements « panasiatiques » ont servi d’aiguillon à la résistance régionale à la domination occidentale — avant de servir à justifier la domination japonaise…
Ce projet de recherches s’intéresse à ces forces endogènes ayant contribué à forger l’Asie orientale dans « la modernité ». Ces forces ont pu être politiques, économiques, sociales et culturelles. Elles ont pu relever de l’action étatique, ou de l’action populaire, des « masses », via des structures intermédiaires (entreprises, partis politiques, syndicats, etc.).
Si la vision d’un « choc » de la dynamique occidentale emportant un « Orient stationnaire » (paradigme de « la réponse » développé par J. K. Fairbanks) est dépassée depuis les années 1990 et que certains travaux asiatiques ont pu esquisser avec force la thématique de notre projet (Hamashita T., ou encore Kawakatsu H.), la lumière a plus souvent été portée sur les Temps modernes (XVIème- XVIIIème siècles) ou l’hyper contemporain (à partir de la fin du XXème), laissant un vide relatif important concernant les XIXème et XXème siècles. La disparition du paradigme du « choc » laisse un certain vide que le large mouvement de remise en question des regards occidentaux à l’échelle du monde (depuis R. Bertrand 2008, jusqu’à P. Boucheron 2017) ne parvient pas à remplir. Dans l’historiographie française, il y a indéniablement un intéressant mouvement de valorisation des forces asiatiques dans l’histoire mondiale (F. Gipouloux 2009, Pierre Grosser 2019). Nous souhaitons aller plus loin pour prendre résolument — et pour ainsi dire exclusivement — appui sur les acteurs endogènes en question : les hommes et les femmes qui ont agi à une échelle régionale depuis les campagnes ou les villes de Chine, du Japon, de Corée, et d’ailleurs encore dans cette vaste région aux contours fluctuants au gré des évènements… Ces actions régionales, forcément collectives, se sont appuyées sur et ont développé des réseaux, des innovations de différents types et accru la circulation des idées, des biens et des personnes. L’ambition du projet est de pouvoir croiser la matérialité et la pensée de ces dynamiques de réseaux spécifiquement intra asiatiques. Cela exclut donc a priori par exemple les diasporas extrarégionales mais aussi l’action des réseaux occidentaux implantés dans la région (ces réseaux étant fatalement centrés ou très fortement liés aux métropoles éloignées), mais permet la perspective d’une étude des relations entre ces réseaux avec les réseaux intra asiatiques (on peut immédiatement penser aux réseaux d’affaires, aux réseaux d’influence politiques, etc.).

2.​ L’olympisme en Asie de l’Est, d’hier à demain
Contactez les responsables : Yves Cadot et Michael Lucken

Les Jeux Olympiques de 1964 à Tokyo ont été l’occasion de profonds bouleversements. Premiers Jeux olympiques organisés en Asie, ils ont entraîné des transformations économiques, sociales et culturelles qui ont résonné pendant des décennies. Symbolisant aujourd’hui encore la prospérité des années 1960, ils fournissent un modèle que le gouvernement japonais voudrait en partie reproduire pour les prochains Jeux olympiques de 2020. Toutefois, comme l’a souligné Yoshimi Shun.ya, les Jeux olympiques de 1964 sont eux- mêmes la répétition des JO de Tokyo de 1940, projet annulé en raison de la situation internationale. L’olympisme au Japon a une histoire ancienne, qui remonte aux efforts de Kanō Jigorō, premier Asiatique à siéger au CIO. Il est profondément lié à la modernisation du Japon et permet d’interroger le rapport à l’Occident, les questions raciales, l’évolution des médias de masse, la transformation des villes, ainsi que le rapport des Japonais au corps et à la Nation. Étudier ce thème suivant une approche thématique et pluridisciplinaire a pour objectif de remettre en perspective les JO de 2021. Ce projet est ouvert à tout chercheur intéressé par les Jeux olympiques de Tokyo et à des chercheurs travaillant sur l’Asie de l’est afin qu’ils apportent un éclairage comparatif (JO de Pékin et Séoul, en particulier).

3. Croissance et formes d’emploi : une comparaison eurasiatique de l’incertitude au travail (eurasemploi)
Contactez le responsable : Bernard Thomann

Ce projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche analyse la relation entre la haute croissance économique, les mutations de l’emploi et les formes d’incertitude au travail que ces mutations engendrent. Associant des historiens, des sociologues confirmés et des doctorants, spécialistes de plusieurs aires culturelles, il adopte une approche comparative à la fois dans l’espace et dans le temps. Il confronte en effet les configurations nationales chinoise, japonaise et française, ainsi que d’un certain nombre de pays du Comecon. La comparaison est également intertemporelle, entre la période de croissance des années 1950 à 1970 pour la France, le Japon et le Comecon, et l’ère qui s’est ouverte depuis les années 1980 pour la Chine. Les quatre situations socio-historiques confrontées partagent un point commun, celui de bâtir un modèle productiviste laissant à l’État une place essentielle dans une régulation qui se veut simultanément économique et sociale. Pour comprendre et comparer les formes de « précarité » en situation de croissance liées à ce modèle, cette recherche souhaite apporter une vision plus complexe, plus « située » de la fragmentation et des hiérarchies du marché du travail, et surtout des incertitudes qui en découlent pour les catégories de travailleurs concernées. C’est pourquoi elle retracera la diversité des situations selon les industries et les formes d’emploi, en choisissant des secteurs qui, du point de vue de la problématique adoptée, présentent des cas paradoxaux et, par là même, « bons à penser »
: les services à la personne, profondément remaniés au 20e siècle sous l’effet des mutations du travail, de la démographie et des structures de famille ; l’énergie avec les mines, symboles même de la dialectique entre risques intenses encourus par les salariés, et régulation quasi- militaire de la main d’œuvre ; la production textile enfin, doyenne des secteurs industriels, mais aussi la première qui a dû affronter la compétition mondialisée. Dans chacun de ces secteurs sera effectuée une exploitation à la fois quantitative et qualitative des suivis de trajectoires de vie au travail et des budgets et budgets-temps des ménages. De plus, dans chaque pays considéré, seront analysées les catégories statistiques et d’économie politique utilisées par les acteurs et observateurs des relations du travail – syndicats et employeurs mais aussi experts, concepteurs d’enquêtes ou d’indicateurs sociaux – pour caractériser les formes d’incertitude sur le marché du travail.

Thème 2. Circulations, gouvernance et mutations économiques

L’émergence économique de la Chine bouleverse les équilibres géopolitiques de l’Asie, notamment ceux issus de la deuxième guerre mondiale. L’Asie Orientale, l’Asie Centrale, l’Asie du Sud-Est, et l’Asie du Sud sont profondément impactés par l’émergence de la Chine. L’axe retient une définition large de la sécurité à savoir la préservation de l’intérêt national face aux dangers militaires, économiques ou financiers, sociaux ou politiques et environnementaux. Parallèlement, aux évolutions les plus récentes, les recherches menées dans cet axe comprennent également une dimension historique importante. Les conflits mémoriels jouent en effet un rôle important en arrière-plan dans les questions de géopolitiques et de sécurité régionale.

Il se décline en deux projets de recherche :
1. Comprendre la mondialisation chinoise : réceptions et impacts territoriaux des nouvelles routes de la soie
Contactez le responsable : Sébastien Colin

La Belt and Road Initiative, progressivement élaborée entre 2013 et 2015 par les autorités chinoises, est incontestablement, à l’échelle mondiale, l’une des plus importantes questions géopolitiques et géoéconomiques de ces dernières années. Du fait du net renforcement des puissances politique et économique de la Chine depuis le début des années 2000, elle a rapidement été l’objet d’une très grande attention à travers le monde, suscitant des représentations ambivalentes parmi les États mais aussi au sein des acteurs, qu’ils soient politiques, militaires, financiers ou industriels.
La BRI vise officiellement à promouvoir la libre circulation des facteurs économiques, à approfondir l’intégration des marchés et à renforcer la connectivité entre les continents asiatique, européen et africain, via la construction ou la modernisation d’infrastructures de transport terrestre et maritime. Les autorités chinoises ont à ce titre identifié, au côté de la route maritime, six corridors économiques transnationaux terrestres, irriguant l’ensemble du continent eurasiatique et sur lesquels les projets et investissements doivent être ciblés afin d’en améliorer la connectivité.
Il s’agit là sans aucun doute du projet le plus ambitieux que la Chine ait entrepris depuis la fin des années 1970 et le lancement des réformes économiques. Cette « seconde ouverture » vise à accélérer l’intégration de la Chine au monde, au sein duquel elle exporterait ses techniques, ses normes, ses institutions, ses populations (touristes, étudiants, main d’œuvre), voire sa façon de penser, en d’autres termes, à construire une « mondialisation chinoise ».
L’objectif de notre projet de recherche est justement de comprendre cette « mondialisation chinoise » en analysant plus particulièrement les réceptions et impacts territoriaux de la BRI en Chine, en Asie centrale, en Russie, en Biélorussie, en Europe centrale et orientale, en Afrique et au Népal. Comment cette initiative est-elle reçue par ces différents États et leurs acteurs politiques et économiques ? Quels sont ses réels impacts sur les flux et le développement local ? La BRI est-elle productrice de nouvelles régionalisations ? Voilà quelques-unes des grandes questions auxquelles cette recherche collective tentera de répondre.
La mobilisation d’une équipe pluridisciplinaire (géographes, économistes et spécialistes de sciences politiques), spécialiste des aires géographiques susmentionnées, constitue un atout pour mener ce projet tant cette question des perceptions et des impacts territoriaux en dépit de quelques travaux récents n’a pas encore été analysée dans un cadre géographique aussi large.

2. Migrations en Asie, migrations de l’Asie
Contactez les responsables : Hui-Yeon Kim, Isabelle Konuma, Hélène Le Bail (CERI, Sciences Po), Françoise Robin et Kazuhiko Yatabe

Depuis 25 ans, l’évolution des flux migratoires en Asie de l’Est a entraîné un renouveau des débats politiques et de la législation en matière du droit d’entrée et de séjour dans des pays jusque-là peu concernés par l’immigration. Afin d’appréhender dans sa complexité la migration de l’Asie de l’Est, le projet sera construit autour des trois sous-groupes suivants : migration inter-régionale ; migration internationale vers l’Europe ; migration intranationale dans les pays de l’Asie de l’Est. La réflexion sera transversale à tous les groupes.
Les flux migratoires inter-régionaux en Asie seront étudiés selon deux approches. D’une part, l’émigration depuis les pays d’Asie du Sud-Est (Philippines, Thaïlande, Indonésie, Vietnam) vers l’Asie de l’Est, qui a alimenté des politiques d’émigration dans les pays de départ il y a un quart de siècle. Elles se traduisent par la mise en place de politique en faveur du retour et des diasporas, ainsi que de signatures d’accords pour favoriser l’immigration dans le secteur médical et de soins à la personne (par exemple dans le cadre des accords de libre échange entre le Japon, les Philippines et l’Indonésie). Concernant cette question des migrations dans le secteur du soin à la personne en lien direct avec les transformations démographiques de la région, l’Asie est la zone géographique la plus importante en termes de flux, de politiques et de recherches académiques.
D’autre part, on s’intéressera aux flux migratoires centrifuges (de Chine, Japon, Corée et Tibet vers l’Asie du Sud-Est et du Sud) qui relèvent d’initiatives individuelles (étudiants, retraités, réfugiés politiques).
Par ailleurs, les recherches portant sur les migrations internationales d’Asie de l’Est vers l’Europe restent sporadiques. Les migrants chinois sont certes les plus nombreux parmi les migrants d’Asie de l’Est ; néanmoins, d’autres populations, moins visibles (Japonais, Coréens, Tibétains, Vietnamiens), avec des profils et de projets de migration différents, permettent de mieux comprendre la complexité du fait migratoire. La connaissance de ces groupes de la population française et européenne reste bien en retrait, comparée aux immigrés des pays du Maghreb, de Turquie ou d’Afrique.
La mise en place des États-nations et des empires coloniaux, ainsi que les conflits en Asie de l’Est aux 19e et 20e siècles, ont eu pour conséquences des déplacements de population, la création de statuts juridiques spécifiques nouveaux, des mesures d’assimilation et de marginalisation, et ont mené également à des migrations intra-nationales. En contexte postcolonial, les conséquences de la mise en place de l’État-nation se transforment et l’on voit émerger de nouvelles problématiques autour de l’invisibilisation des autochtones et des minorités, et des revendications de la part de ces populations.

Thème 3. Questions de sociétés : les enjeux contemporains en Asie de l’Est 

L’étude des grands enjeux contemporains auxquels a été confrontée l’Asie orientale, qu’ils soient d’ordre politique, social ou économique, passe par une meilleure compréhension des relations entre l’Etat et la société civile. De la seconde moitié du dix-neuvième siècle jusqu’au début du vingt-et-unième siècle, de nouveaux modes de gouvernement des populations furent développés parallèlement à l’apparition de questions sociales liées à l’industrialisation, à l’urbanisation ou à la transition démographique, et ce dans le cadre de l’éclosion de nouvelles citoyennetés civiles, politiques, sociales et culturelles, selon des modes particulièrement originaux. Ces grands changements étaient profondément liés à la diffusion et au développement de nouveaux systèmes techniques et de nouveaux modes d’organisation économique et sociale transformant le quotidien des populations, modifiant les systèmes éducatifs et restructurant les relations de genre. Les différents pays et régions de l’Asie de l’Est ont connu des évolutions certes diverses mais souvent comparables et toujours interconnectées entre eux ainsi qu’avec le reste du monde, une tendance qui va en s’accélérant avec les enjeux environnementaux.

Il se décline en quatre projets de recherche :
1. Populations japonaises : défis et opportunités démographiques, sociales, identitaires et normatives dans l’Asie de l’Est
https://popjap.hypotheses.org
Contactez les responsables : Pauline Cherrier (IrAsia), Noémi GodefroyMélanie HoursIsabelle Konuma, Anne-Lise Mithout (CRCAO) et Kazuhiko Yatabe

La dénatalité et le vieillissement sont des défis majeurs auxquels le Japon d’aujourd’hui est amené à faire face. Avec un indice de fécondité qui dépasse à peine 1,46 et 26% de la population ayant plus de 65 ans, le Japon est en train de vivre une transformation profonde et inévitable de sa structure sociétale. Ceci en fait un lieu d’expérimentation de solutions dont pourraient s’inspirer d’autres sociétés vieillissantes en Asie et au-delà.
Les causes mécaniques – célibat, grossesses tardives, incertitude économique – font déjà l’objet d’études détaillées. Cette transformation est également décrite à travers les statistiques dans une approche démographique. Cependant, pour appréhender cet objet « population », il est indispensable d’analyser aussi les causes culturelles, socio-historiques et biopolitiques qui ont mené à une dénatalité voulue et attendue dans l’immédiat après-guerre. Il apparaît en particulier nécessaire d’opérer une mise en perspective avec l’interventionnisme incessant de l’État dans le domaine de la reproduction : natalisme, puis néo-malthusianisme avec parallèlement le renforcement de l’eugénisme après la défaite de 1945. En contrepartie, l’augmentation continue depuis 2005 de l’indice de fécondité (+15% entre 2005 et 2016) pose quant à lui un réel problème d’interprétation et demande, entre autres, à traiter la question à des échelles plus fines.
Les questions touchant à la dénatalité, à la condition des femmes et des mères, se retrouvent dans des logiques proches pour le reste de l’Asie, en particulier en Corée du Sud, à Taiwan et en Chine. Cet axe aura ainsi vocation à initier des travaux thématiques sur ce thème pour l’ensemble de l’aire couverte par l’UMR.
Les travaux de recherche sur l’évolution des mesures politiques ne manquent pas, toutefois, il nous semble nécessaire de redéfinir ces objets d’études plus largement. On s’intéressera ici par exemple aux conséquences de ces transformations sur les minorités ethniques, sociales, ou sexuelles. Dans quelle mesure assiste-t-on à une restructuration de la société japonaise ? Ces défis se transforment-ils en opportunités de formes nouvelles de solidarités, d’identités diversifiées, de citoyennetés, de représentations, de normes ? Comment celles-ci tiennent de logiques locales ou reflètent plutôt l’insertion de l’Archipel dans la globalisation du monde ? Le projet propose ainsi d’étudier ces forces de mutation, impulsées et/ou spontanées, qui semblent accompagner ces enjeux démographiques et sociaux majeurs, tout en les resituant au sein des mesures politiques qui les accompagnent, ou s’y opposent.

2. Éducation, enfance-s et société en Asie Orientale

Contactez le responsable : Christian Galan

Le projet vise à développer un champ d’études des sciences humaines et sociales qui a jusqu’ici rarement rassemblé les spécialistes des études asiatiques en France, à savoir tout ce qui concerne les questions d’éducation et d’enfance – au sens large, c’est-à-dire y compris par exemple celles relatives à la famille, aux enfants d’immigrés, aux performances des systèmes scolaires (PISA, etc.), aux questions de genre, de corps, de pauvreté, etc. – dans les sociétés extrêmes-orientales (Japon, Chine, Corée, essentiellement).
L’éducation  et  l’enfance  –  ou  plutôt  les  différents  types  d’enfance  –  constituent  deux domaines d’étude extrêmement pertinents pour cerner au plus près l’état et l’évolution des sociétés en question. Ces deux domaines seront donc étudiés ici, à la fois, dans leur dimension historique et au travers de problématiques directement rattachées à des mutations ou à des enjeux auxquels ces sociétés doivent actuellement faire face.
Les approches et les méthodologies privilégiées sont celles de la sociologie, des sciences de l’éducation, de la psychologie, de l’histoire, de l’anthropologie, de la philosophie et des sciences politiques. Ce projet s’inscrit dans la continuité du groupe « Education, Enfance-s et Société dans le Japon contemporain » qui existe/existait au sein du CEJ et a/avait déjà fait une place importante aux autres sociétés d’Asie orientale, chinoises notamment.

3. Atelier Transversal d’Anthropologie Sociale : Attachement et Environnement

Contactez la responsable : Catherine Capdeville

L’atelier CAM Cour Amour Mariage a été créé en 2010 à l’initiative des maitres de conférences anthropologues de l’Inalco pour se fédérer autour de cette discipline dans l’équipe ASIES. Au niveau de l’enseignement, ce rassemblement a permis par étapes la création d’un parcours transversal d’anthropologie sociale en licence et d’un parcours anthropologie au sein du master LLCER, qui ont été avalisés dans la nouvelle maquette entrée en vigueur en 2019. Au niveau recherche, plusieurs journées d’études et participations à des colloques ont été réalisés, notamment au GIS Asies, et un ouvrage collectif a été publié fin 2018 aux Presses de l’Inalco : Les Institutions de l’Amour : cour, amour, mariage -Enquêtes anthropologiques en Asie et dans l’océan Indien (Catherine Capdeville-Zeng et Delphine Ortis dir.).
Avec la création de l’équipe IFRAE en 2019, le groupe a pris un nouvel essor, en intégrant de nouveaux membres, et en réorientant ses thèmes de recherche. Fin 2019, le nouveau nom de groupe ATAS a été choisi pour officialiser ce tournant. Il permet d’évoquer le thème de l’attachement qui fait suite à la thématique précédente autour de l’amour, tout en la développant autour des relations dépassant les seules personnes humaines, pouvant englober l’environnement au sens large, incluant des animaux, des objets, des bâtiments, des coutumes etc… La dimension affective se déploie en effet au-delà des personnes pour s’adresser à un ensemble plus vaste que nous voulons explorer à l’aide des méthodes et outils conceptuels de l’anthropologie sociale.
ATAS a pour vocation première de rassembler autour de la discipline de l’anthropologie sociale. Son inscription dans l’aire culturelle Asie de l’Est n’est pas exclusive, la participation est ouverte aux collègues anthropologues travaillant sur d’autres sociétés, notamment l’Inde (Delphine Ortis), la Turquie (Nicolas Elias)…

4. Genre en Asie
Contactez les responsables : Cam Thi Doan, Vincent Durand-Dastès, Isabelle Konuma et Françoise Robin

Les études sur les femmes, la sexualité et le genre se multiplient aujourd’hui et touchent l’ensemble des SHS, rendant moins étanches les frontières entre les disciplines. De par sa composition, l’équipe Genre en Asie adoptera une approche interdisciplinaire (anthropologie, cinéma, droit, histoire, littérature, musique, sociologie) qui est indispensable pour appréhender cet objet d’études dans sa globalité.
L’équipe travaille par ailleurs sur des terrains variés et voisins tels que la Chine, la Corée, le Japon, le Tibet et le Vietnam, ce qui rendra possible une expertise fine portant tant sur des phénomènes locaux ou nationaux que sur les mouvements transnationaux, sur la circulation des savoirs ainsi que sur les rapports de force qui s’exercent entre et au sein de ces régions. L’équipe Genre en Asie permettra donc d’étudier le genre dans une perspective à la fois aréale et interdisciplinaire.
Nous proposons d’étudier :
– la construction et l’expression des féminités et masculinités en Asie ;
– les moyens de contestation de la binarité du genre ;
– le processus d’élaboration des normes sur le genre et la sexualité ;
– la formation des réseaux militants transnationaux/transethniques en Asie pour l’égalité femme-homme et les droits des LGBTQ.